Galerie Marc Pessin




La Galerie Marc Pessin est un éloge à la beauté, au travail de la main, à la matière. Un éloge au verbe gravé sur le Vélin d'Arches, à l'empreinte d'un homme sur le papier. Je me souviens encore de ces moments petite où je me rendais chez mes grands-parents. Sur le chemin, la porte de la galerie entre-ouverte laissait voir discrètement un homme debout devant une grande table remplie d'objets étranges et nouveaux. Les mains noircies par l'encre, le dos courbé sur la feuille, entre la machine à presse et les tirages d'art suspendus aux barres et qui, dans toute la hauteur de la bâtisse métallique, semblaient flotter dans le ciel comme des oiseaux dans le vent. À la puissance de la presse s'y opposait la légèreté et l'élégance des formes longilignes et courbées. Il était singulier de voir une si grosse machine produire autant de finesse. Une chaise était posée à l'entrée ; assez près pour observer chaque détails, mais assez loin pour de ne pas briser le silence et l'intimité du travail de l'artiste. Avec mes yeux d'enfant, je regardais mon grand-père découper le papier, le graver, le passer sous la grande presse et, progressivement, dans un long rituel précis et minutieux semblable à des pas de danse que seul le danseur étoile connaît à perfection, transformer la feuille en un objet foisonnant de formes et de lettres. Ce temps d'observation devenait alors un véritable apprentissage, et les yeux pétillants d'admiration, je rêvais moi aussi de graver ces feuilles et dessiner toutes ces choses qui grandissaient en moi.

C'était d'une rare beauté, de celle qui dépasse les années et les hommes. Parfois, mon grand-père se retournait, et le visage rayonnant d'un sourire satisfait, me tendait le fruit de son labeur :" Regarde Cocotte, tu trouves ça beau ?". Je ne savais pas encore précisément ce que pouvait être le beau, mais je ressentais un tel émerveillement que j’acquiesçais, appréciant autant le résultat que le travail pour y parvenir. J'assistais de ma chaise à un long processus que l'on explique aujourd'hui dans les musées, et je savais que cela était précieux. Et puis, sans vraiment entendre ma réponse, il retournait à son travail, comme si ce court échange n'avait jamais eu lieu. J'en profitais alors pour m'échapper à côté dans le coin des vitrines, et des escaliers. Ils m’impressionnaient . Et si je craignais de gravir leur marches, je craignais davantage mon arrivée à l'étage, entre le plancher grinçant et les immenses toiles - d'art. Pourtant, je me sentais l'âme d'une aventurière, poussée par la curiosité et l'envie de découvrir une chose que peut être personne n'avait jamais vu auparavant. Ce que je ne savais pas encore, c'est que cette chose était déjà là. C'était immatériel, intemporel et invisible (Vous savez, ces choses qui sont des souvenirs, des moments d'une telle qualité qu'ils transmettent bien plus que des objets). Je pourrais vous décrire cet endroit sur de longues pages encore, mais je vous avoue qu'il est plutôt intimidant de vous parler d'un lieu dans lequel j'ai passé mon enfance, et d'un homme qui est mon grand-père. Cela demande de prendre du recul sur des choses si profondément ancrées qu'il est nécessaire de les détacher, un peu, pour en définir les contours. L'exercice est difficile, mais je vois aujourd'hui les fruits de cette déambulation dans le passé, dont les vestiges sont bien présents. Pourtant, je ne peux m'empêcher de préserver certains vestiges comme l'on met parfois aux archives les plus belles pièces de tissus de peur que, présentées à la lumière du jour, elles ne soient abîmées. Les images parleront donc à ma place, et si bien connaître ne signifie pas nécessairement bien apprécier, j'espère néanmoins que vous apprécierez, sans en connaître les secrets. Alors je vous laisse gravir ces marches, et observer, vous aussi, la galerie par delà l'entrebâillement de sa porte. Vous pourrez peut être, vous aussi, dessiner les contours de la silhouette d'un homme au milieu de son atelier conçu à l'image de son jardin secret.




















Marc Pessin,

Artiste, Graveur et Éditeur


Édition "Le Verbe et l'Empreinte"


marcpessin.com



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